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Briefings to the UN Security Council on the Situation in Afghanistan | ||||||||
| Briefing by Mr. Jean Arnault Special Representative of the Secretary-General for Afghanistan to the United Nations Security Council on the Situation in Afghanistan | |||||||||
24 June 2005 M.
le Président, Merci de cette nouvelle occasion de présenter un rapport au Conseil sur la situation en Afghanistan, et merci – plus vivement encore – d’avoir accepté de prolonger pour un an le mandat de la MANUA. La nouvelle a été accueillie très favorablement en Afghanistan, reflet en partie de l’opinion positive que les Afghans se font du rôle des Nations Unies, mais aussi, et surtout, de la claire conscience qu’a l’opinion publique afghane de l’importance de la présence internationale pour parvenir à une normalisation durable de la situation dans ce pays. Sécurité Je me propose de vous résumer les principaux événements depuis mon dernier rapport oral au Conseil, au mois de mars, et malheureusement, il me faut commencer par l’évolution négative de la situation de sécurité. Au mois de mars, je signalais qu’en dépit d’une relative amélioration depuis la tenue de l’élection présidentielle, l’autosatisfaction n’était pas de mise, et notamment pour les Nations Unies, dont les opérations avaient été attaquées à plusieurs reprises. Cet avertissement est devenu de plus en plus pressant au cours des trois derniers mois, alors que le pays est confronté à une escalade tant dans le nombre que dans la gravité des incidents qui affectent plusieurs provinces du pays. À titre d’exemple, citons, à Kandahar, le meurtre d’un leader religieux modéré suivi du massacre commis dans la mosquée où se déroulait son service funèbre, qui a causé plus de quarante morts et des dizaines de blessés ; citons le meurtre de onze employés Afghans de la société Chemonics et de leurs parents dans les provinces de Zabul et Helmand ; le meurtre également de cinq démineurs employés par les Nations Unies dans la province de Farah ; la décapitation d’un leader religieux dans sa madrasa de la province de Paktika ; et l’exécution par le Taliban, après un simulacre de procès, d’au moins quatre policiers afghans dans la province de Kandahar. La situation est particulièrement inquiétante dans les provinces du Sud, mais elle n’est pas moins sérieuse dans d’autres provinces des régions pashtounes frontalières avec le Pakistan. À Paktika, des membres de conseils traditionnels – les « shuras » - un leader religieux et un enseignant ont été assassinés par des éléments extrémistes. Et plus au nord, dans les provinces de Kunar, Nuristan et dans plusieurs districts de Nangarhar, l’insécurité s’est également aggravée. Cette violence n’est pas seulement une cause de souffrance injustifiable dans un pays qui sort de près de trente années de conflit permanent ; elle hypothèque les efforts de reconstruction dans les régions les plus affectées. C’est ainsi qu’après avoir prévu d’accroître leur présence dans les provinces du Sud et de l’Est, les agences des Nations Unies sont à nouveau, comme beaucoup d’autres organismes internationaux ou nationaux, contraintes à un profil très bas qui ne peut pas ne pas avoir de répercussions sur la quantité et la qualité des projets de reconstruction dans ces régions. De son coté, la société Chemonics a suspendu ses projets économiques depuis le 1er juin et la société japonaise de construction routière opérant à Kandahar a retiré son personnel il y a deux mois, interrompant de fait les travaux. En outre, une aggravation de l’insécurité ferait peser sur le processus électoral une menace qu’il ne faut pas sous-estimer. Un employé électoral a été tué le 2 juin en Uruzgan et une attaque contre un convoi électoral il y a trois jours a fait un mort et un blessé. D’ores et déjà, la plupart de ceux qui ont fait acte de candidature dans la province de Zabul se sont réfugiés dans le chef-lieu de la province et plusieurs sont même partis à Kandahar. Bien sûr, toute la violence n’est pas le seul fait d’attaques d’éléments extrémistes. La drogue, les rivalités locales, la corruption, la criminalité ordinaire sont autant de problèmes dont la solution est à rechercher du côté d’un renforcement de la police et d’une meilleure qualité de l’administration locale – elle-même souvent facteur d’instabilité. Mais l’actuelle offensive menée par les groupes extrémistes, y compris les Taliban, joue un rôle déterminant dans l’escalade actuelle, livrées avec des financements accrus, des armements plus performants, des moyens de propagande radio plus puissants et, sans aucun doute, des caractéristiques d’agressivité plus prononcées à l’égard des civils, de cruauté et de violence aveugle. M. le Président, Cette violence n’est pas nouvelle, même si sa recrudescence cette année déçoit les espoirs qu’avait fait naitre l’élection présidentielle. Nous avons assisté à une montée similaire de la violence l’année dernière à la même époque. À cette violence extrémiste, le gouvernement de l’Afghanistan, celui du Pakistan et les forces internationales trouvèrent l’année dernière une réponse efficace, si bien que le 9 octobre des millions d’Afghans purent se rendre aux urnes en relative sécurité, faisant ainsi de l’élection présidentielle un des moments les plus mémorables de l’histoire récente de l’Afghanistan. Aujourd’hui, nous avons besoin à nouveau d’un effort exceptionnel des deux gouvernements concernés et des forces internationales. Et d’un effort accru par rapport à l’année dernière si nous en jugeons d’après le degré de violence des derniers incidents. Sans alarmisme, je veux attirer l’attention du Conseil sur les conséquences de ce climat de violence pour la transition politique en Afghanistan, qui est sur le point de s’achever avec les élections parlementaires du mois de septembre. La légitimité des institutions élues ne sera pas en doute ; leur assise politique est démontrée par le degré sans précèdent de participation populaire au processus électoral. Mais leur autorité sera de courte durée si la question de l’insécurité n’est pas règlée. L’insécurité de 1992 à 1994 avait fait le lit des Taliban. Leurs chefs actuels et ceux qui les soutiennent semblent faire le calcul que – les mêmes causes produisant les mêmes effets - l’insécurité et ses répercussions sur la reconstruction suffiront, quels que soient les progrès réalisés dans le domaine politique, à maintenir le pays dans une situation d’instabilité où toutes les options resteront ouvertes. Ajoutons que la réponse internationale pour faire pièce à cette stratégie de destabilisation ne peut pas se limiter aux opérations de combat sur le terrain. Il faut s’attaquer résolument aux sources de financement des éléments fondamentalistes, aux sanctuaires où l’entraînement a lieu, et aux réseaux qui les soutiennent et qui ont manifestement décidé d’investir des ressources considérables pour contrecarrer les efforts de stabilisation que les autorités afghanes et la communauté internationale ont entrepris depuis trois ans. Nous nous félicitons des contacts qui ont été pris récemment au plus haut niveau des gouvernements afghans et pakistanais. Dans son rôle de garant de la sécurité internationale, le Conseil de Sécurité se doit de suivre de près cette situation et d’appuyer de sa propre autorité le renforcement de la coopération anti-terroriste dont l’Afghanistan a besoin aujourd’hui. Mr. President, It is against this difficult background that I am able to report some encouraging developments with regard to the preparation for the elections. Since my last briefing, some important steps have been taken. Electoral structure The electoral administration has been deployed country-wide. Offices are fully operational in Kabul, in the eight regional centers as well as in all 34 provincial capitals. The JEMBS currently employs 350 international and 8,000 national staff. This staffing component will gradually rise and will on election day reach 500 international and 200,000 national staff, the bulk of which will man the polling stations. The JEMB Secretariat also includes a dedicated Electoral Security Component, consisting of 36 personnel assigned to Kabul and the 8 regional offices. Physical security will be provided by the Afghan National Police and Afghan National Army with support from the international military forces, and with JEMB coordination. In addition, an independent Electoral Complaints Commission (ECC) has been created, which is responsible for handling and adjudicating all electoral complaints and challenges, including those against candidates and against the JEMB and its Secretariat. Its five members, three of whom are appointed by UNAMA, and one each by the Supreme Court and the Afghan Human Rights Commission, are currently supported by 15 staff. This number will grow to approximately 40 depending on the caseload. Both the JEMB and the ECC are supported in each of the 34 provinces by a Provincial Electoral Commission, consisting of three national members. Nominations Candidate nominations started on May 4th and ended on May 26th. With the exception of notable but isolated incidents of violence, the candidate nomination process was generally calm. All in all, more than 6,000 candidates submitted their applications for the 249 seats at the Lower House and the 420 seats in the 34 Provincial Councils. Roughly 12% of these candidates are women, which guarantees that the quota of women in Parliament will be fulfilled. In three provinces, however, the number of female candidates is less that the prescribed quota for the Provincial Councils and these seats will remain vacant during this term of office. Candidate-to-seat ratios varied widely across the country, indicating that some elections will be much more competitive than others,, particularly in the Eastern and Southeastern provinces. Interestingly, and somewhat surprisingly, only 12% of candidates registered with an affiliation to a political party – whereas the number of parties officially registered has reached 72. While this may be because of the electoral system chosen, most consultations indicate that the overwhelming perception with respect to political parties remains negative and candidates prefer to run as independent even when they have the support of a political party. One of our key concerns about the nomination process was that, given the amount of power still wielded at local level by commanders, the latter could have “hijacked” the electoral process from the very beginning by preventing others from nominating themselves. However, of the total number of candidates, only approximately 4% are considered to have actual links to armed groups. In addition, only 212 government officials have nominated themselves. This suggests that officials and commanders have not dominated the process, and that ordinary Afghans were not discouraged from nominating themselves as candidates. Subject to further analysis, this also suggests that, on polling day, Afghans will be presented with a genuine political choice. At the same time, a country-wide assessment carried out by UNAMA and the Afghan Independent Human Rights Commission indicates that while only a handful of cases of intimidation, violence and other infringements of political rights actually occurred, there is a broad perception that people linked to armed groups are determined to prevail and will use violence and intimidation to succeed in getting elected. This perception could still undermine the fairness of the election, particularly if the electoral competition should become more acute and more violence-prone in the last stages of the process. Many measures are therefore yet to be taken in order to neutralize those inclined to use intimidation and to reassure the majority of the candidates – and the population at large – that they can vote in September without the risk of reprisals. One such measure is the strict implementation of the electoral law that disqualifies candidates who command or belong to armed groups. The process of DDR, which is nearing completion, has reduced the ability of a number of senior commanders to use large military formations to control the political process. At the same time, many smaller commanders are still linked to local militias that can exercise undue influence in the context of provincial elections. Once all nominations were received, the Electoral Complaints Commission ECC requested ex officio the Ministries of the Interior (MoI) and Defense (MoD), the National Directorate for Security, the International Military Forces, UNAMA and the UN disarmament body to indicate whether any of the nominees maintained such links. As a result, 254 nominees suspected of having links with armed groups have been identified and informed by the ECC that, in order to prevent their disqualification, they have until July 7 to disarm or provide evidence that any links with armed groups have been severed. In order to encourage candidates to take advantage of this additional disarmament window, weapon collection sites have been provided by MoI and MoD in all provinces under the supervision of the UN and international military forces. This exercise is not without risk, as some commanders are keen to run for office and retain their military influence. The JEMBS Security team is working with the national security agencies and international military forces to plan for possible security implications resulting from candidate disqualifications. On the basis on this and other measures, it is hoped that the Afghan Government – supported by the UN and the international forces – can improve further the environment in which the electoral campaign and polling will take place and ensure that the outcome of the elections is as representative as possible of the national will, as prescribed in the Bonn agreement. Next steps The next step in the electoral calendar will be the update of the voter registry that will start tomorrow and last one month until 21 July. This is not a comprehensive voter re-registration, but rather an opportunity for those who were unable to take part in last year’s registration drive to register, and for registered voters to change their polling place to reflect the province in which they actually reside and wish to vote on election day. Additional efforts will be made to accommodate returning refugees through the provision of voter registration in UNHCR encashment centres until close to Election Day. Funding for the elections project remains a concern. The election project is still $US 78.8 million short. UNDP expects that major pledges totaling $US 34 million will be disbursed shortly bringing the total funding gap to about $US 44 million. As I mentioned to you in my last briefing, there is very little breathing space in the electoral calendar – any delay in funding will result in the inevitable postponement of the Election Day. DDR In my last briefing I mentioned that while the delay of the election until September was not our preferred option, it was not without some advantages. One of these was the opportunity to make progress on disarmament. Indeed on June 30th the disarmament of the former army units should end, in keeping with the timeline endorsed at the Berlin conference last year. At this point, over 60,000 officers and soldiers have been demobilized and over 49,000 have entered – and in some cases completed - reintegration into agriculture, vocational training and small business programmes. Over 90,000 personnel from the AMF have been taken off the Ministry of Defense (MoD)’s payroll, resulting in over 100 million USD in savings for the national budget. Over 9,000 heavy weapons have been cantoned and millions of tons of ammunition have been surveyed and efforts are being made for their safe disposal. This is a significant achievement for the Afghan authorities and a first step in the larger effort of demilitarizing the country and paving the way for the Afghan National Army and Police. In the coming months, the focus will shift to the next step: the Disbandment of Illegal Armed Groups – or DIAG - which I already mentioned in the context of the elections. Illegal armed groups – which may include as many as 180,000 men across the country – may not pose a direct threat to the State of Afghanistan, but they are a serious obstacle to the restoration of state institutions – police, judiciary and civilian administration - at provincial and district levels. The Government is conducting two pilot projects, with the support of UNAMA and international military forces; negotiations with local commanders are underway; and the Provincial Reconstruction Teams (PRTs) of ISAF and the Coalition are defining the type of support that they will be required to provide. UNDP and UNAMA are currently seeking additional financial resources to support the government in this very important initiative. M. le Président, Permettez-vous de mentionner brièvement trois points supplémentaires qui présentent, je crois, un intérêt pour le Conseil. Le premier concerne le programme dit de « consolidation de la paix », qui vise la réintégration de membres du Taliban et de Hezb-Islami qui ont renoncé à la violence, fait allégeance à la constitution et accepté de coopérer avec les autorités. Les membres de la commission nationale multi-ethnique présidée par le Professeur Mujaddedi ont été selectionnés et devraient être annoncés très prochainement. Les bureaux régionaux de la Commission ne sont pas encore installés, mais des procédures sont d’ores et déjà en vigueur pour la vérification des antécédents des candidats à la réconciliation et leur surveillance une fois rentrés dans leurs communautés d’origine. Environ cent cinquante personnes – dont une cinquantaine d’ex-membres de Hezb-Islami et une centaine d’ex-membres du Taliban - ont jusqu'à présent bénéficié du programme. Comme toute entreprise débutante, celle-ci n’est pas parfaite, et certains contrastent, à tort, cette ouverture envers les anciens membres du Taliban et de Hezb-Islami et le programme de désarmement des commandants locaux. Les deux démarches ne sont pourtant pas différentes : le gouvernement tend également la main à tous ceux qui sont prêts à abandonner le recours à la violence, sans pourtant renoncer aux poursuites judiciaires que les actions passées des uns et des autres pourraient un jour requérir. Le deuxième point se rapporte à l’attention qu’il faut accorder aux besoins des nombreuses victimes du conflit. Dans sa résolution du 24 mars, le Conseil s’est félicité du rapport présenté par la Commission Afghane des Droits de l’Homme sur la justice transitionnelle et a demandé son soutien à la communauté internationale. Depuis, le gouvernement afghan, la Commission Afghane des Droits de l’Homme et UNAMA ont travaillé ensemble à l’élaboration d’un plan dédié, par une série de mesures à court et à long terme, à la dignité des victimes et au respect de leur droit à la vérité, aux réparations et à la justice. A l’occasion d’une récente conférence à la Haye, plusieurs États membres ont apporté leur soutien à la réalisation d’un tel plan, dont nous espérons que les premières mesures pourront être prises sans tarder. Enfin, permettez-moi quelques mots sur l’agenda post-électoral de consolidation de la paix en Afghanistan. Dans son dernier rapport au Conseil sur l’Afghanistan, le Secrétaire général avait exposé quelques idées à ce sujet. Depuis, le gouvernement afghan a réitéré son souhait, non seulement que la coopération internationale se poursuive après l’installation de l’Assemblée Nationale, mais encore que cette coopération se donne un cadre et des objectifs précis qui répondent aux priorités nationales des prochaines années. Celles-ci englobent notamment la réforme des institutions - particulièrement faible au niveau des gouvernements locaux – l’application d’une stratégie cohérente de développement économique, et la poursuite de la lutte contre les stupéfiants. De plus, le gouvernement afghan souhaite, comme nous, que ce nouveau cadre de coopération soit l’occasion d’améliorer l’efficacité de l’assistance internationale, notamment en mettant l’accent sur le renforcement des capacités locales, sur la nécessite de léguer à l’État afghan des institutions durables et sur celle d’associer plus étroitement les pays de la région à la prochaine phase de la reconstruction de l’Afghanistan. Avec les autorités afghanes et les représentants de la communauté internationale, nous espérons mettre au point, sur la base de ces principes, une plate-forme sur laquelle puissent se retrouver aussi bien les forces politiques internes que les partenaires proches et éloignés de l’Afghanistan. M.
le Président L’achèvement du processus de Bonn est en vue. Sans doute la transition politique est-elle un peu trop en avance sur la construction de l’État, qui reste très fragile ; et sur la reconstruction économique, qui reste fragmentaire et sous le coup des distorsions provoquées par la culture de la drogue. Le gouvernement et le nouveau parlement devront redoubler d’efforts pour rattraper ces retards avant d’être rattrapés eux-mêmes par un désenchantement populaire à l’égard de l’expérience démocratique. Mais pour difficiles que soient ces circonstances, avec l’appui de la commnauté internationale elles ne sont pas insurmontables. En revanche, la condition préalable à la réussite de cette difficile entreprise, c’est le rétablissement de conditions minimum de sécurité. Sans elles, pas de salut. Force est de constater après trois années d’efforts que les capacités de nuisance – et de blocage dans certaines régions – des extrémistes n’ont pas diminué. Il y a des leçons urgentes à tirer de cette constatation. Il faut qu’elles le soient sans tarder.
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